Dans son audience correctionnelle du 7 avril courant, le tribunal de Château-Chinon a condamné le nommé Charles GAUTHÉ, âgé de 58 ans, propriétaire à Villapourçon, à un an de prison pour escroqueries, commises dans les circonstances suivantes :
Il y a quelque temps, les animaux de M. AUDUGÉ, propriétaire à Villapourçon, entrèrent dans la pâture de GAUTHÉ, et y causèrent des dégâts de minime importance, dit-on.
GAUTHÉ s'en fut trouver AUDUGÉ et lui tint à peu près ce langage : « Le dégât causé à mon préjudice par tes animaux est grave et si tu ne me donnes pas 100 fr., je vais te dénoncer; tu n'en seras pas quitte à moins d'un an de prison ». AUDUGÉ, qui est très crédule et craint beaucoup les « affaires », s'exécuta.
Voyant que cela avait bien réussi une première fois, GAUTHÉ revint à la charge; peu de temps après, il menaça à nouveau AUDUGÉ de dénonciation, et obtint, à différentes époques la somme d'environ 600 fr.
Le rusé paysan ne s'en tint pas là : il fit au nom d'un avoué de Château-Chinon des lettres dans lesquelles il citait des articles du Code par lui inventés et qui visaient le « cas » d'AUDUGÉ. Ces articles, dont il donnait lecture à ce dernier, portaient mention de peines des plus rigoureuses. Finalement, lorsque GAUTHÉ vit sa victime « à point », il lui demanda alors 3,000 fr.
AUDUGÉ épouvanté s'exécuta encore. Mais comme il n'avait pas la somme en sa possession, il dût aller chez un notaire de Luzy avec GAUTHÉ et fit trois billets au bénéfice de ce dernier.
Quelque temps après, GAUTHÉ – et c'est ce qui devait le perdre – demanda 10,000 fr. à son voisin. Celui-ci se vit ruiné s'il acceptait cette nouvelle demande et prit le parti d'en référer à la justice.
Sur ses déclarations, une instruction fut ouverte. Le pot-aux-roses fut découvert et, samedi, le tribunal de Château-Chinon octroyait à GAUTHÉ l'année de prison dont il avait tant de fois menacé son crédule voisin.
Le Journal de la Nièvre – 10/04/1900